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 Les nomes

Les nomes étaient les provinces administratives de l’Egypte antique. Ces provinces sont gérées par des nomarques nommés par le roi. Le terme nome vient du grec Νομός qui veut dire "district". Ce mot désigne une subdivision administrative territoriale. Le mot égyptien est "sepat". Ce terme se changera en "qâh" lors de la période amarnienne.

Aux origines des "sepat"

Cette division semble trouver ses racines lors de la période pré-dynastique voire encore plus tôt. En effet, les emblèmes qui les représentent, laissent à penser à une période antérieure à l’unification du pays. Ce découpage est tout naturellement l’oeuvre des tribus et clans qui peuplent le sol égyptien. Du reste, l’Egypte de Narmer est probablement un agglomérat de tribus qui évolue logiquement en renforçant leurs frontières régionales. Il est également probable que c’est durant cette période qu’une identité d’appartenance se crée. Un processus est mis en place dans l’esprit des hommes, petit à petit, ils évoluent vers le sentiment qu’ils n’appartiennent plus à un clan mais à une nation.

Cette évolution identitaire initiée par Narmer lors de l’unification des deux-terres trouve un aboutissement administratif environ quatre siècles plus tard. Il est vraisemblable que ce soit Djeser, qui, lors de ses réformes politiques et administratives scinde le pays en sepat. Il a l’intelligence de garder les frontières tribales afin d’éviter tout risque de guerres ou de conflits fratricides. Du reste ces frontières sont pour la plupart naturelles. En ce qui concerne la Basse-Egypte les districts sont délimités par les bras du Nil et les déserts arabique et lybique. Il en va de façon un peu différente pour la Haute-Egypte, mais le Nil et le désert sont toujours au centre des découpages.

Menka, le premier vizir égyptien nommé par Djeser, aura la charge de donner une impulsion étatique aux différentes provinces du double-pays. On ne pense plus clan, on pense Egypte. Un des intérêts fondamentaux de cette réforme est de permettre au peuple de bénéficier des bienfaits de l’état en période de disette. Un autre intérêt et pas des moindres, est qu’il garantira, via un recensement des populations et des ressources, une main d’oeuvre tournante afin de réaliser la "corvée" qui ne sera ni plus ni moins que l’édification des monuments indispensables à la survie du roi dans l’au-delà.

"Détail de la triade de Mykérinos". Celui-ci, au centre, porte la couronne blanche de la Haute-Egypte. Il est entouré à sa droite de la déesse Hathor et à sa gauche par une déesse représentant le 17ème nome de Haute-Egypte. Il est évident qu’il ne s’agit "que d’une triade du roi Mykérinos". Ici, Hathor associée au roi représente la fertilité tandis que la déesse locale représente le nome d’appartenance où le culte royal est rendu.
IVème dynastie - Grauwacke - Musée du Caire JE46499


C’est à Niouserrê, Vème dynastie, que l’on doit les premières listes des nomes de Basse et Haute-Egypte. Il y est fait état de vingt nomes pour la Basse-Egypte et vingt-deux pour la Haute-Egypte. Si les districts connaissent une certaine autonomie, il existe tout de même des instances fédérales. Une d’elles était connue sous le nom de "Conseil des dix de Haute-Egypte" où le "Préposé à Neken" jouait le rôle de vice-roi du sud.

Réforme du cadastre

Si l’on parle souvent des quarante-deux nomes, il n’en a pas toujours été ainsi. En effet, le nombre de provinces varie entre trente-huit et quarante-deux. Sésostris Ier est l’initiateur de la grande réforme du cadastre. Il va ainsi changer le tracé de certains sepat afin de leur redonner leurs frontières primitives. Celles-ci ayant évolué lors des troubles de la première période intermédiaire.

C’est vraisemblablement dans un esprit de synthétisation du double-pays que Sésostris souhaite établir ce qui deviendra le premier cadastre de l’histoire. Il va, en effet, créer la première carte administrative du pays. Sorte de carte d’identité qui permettra dans un premier temps de représenter l’Egypte dans sa globalité. Celle-ci ne sera pas que politique, il a soin d’y associer les diocèses attachés à chacune des provinces. Dans un souci de lisibilité, il fait inscrire ce cadastre sur ce que l’on appelle la Chapelle Blanche de Karnak. Sur le soubassement de cette chapelle est représentée la carte "géo-politico-cléricale" des vingt-deux nomes de Haute-Egypte et des seize de Basse-Egypte. Chaque nome occupe une section partagée en six cases comprenant respectivement :

  • le nom de la province ;
  • le nom d’un ou deux dieux accompagnés ou non de celui de la capitale de la province ;
  • la superficie en unité de "fleuves" (iterou) carrés (109.41 km2) et d’aroures ou setjat (1367,65 m2) ;
    Les trois dernières cases sont en lien avec les opérations lui permettant de définir l’aroure locale :
  • la mesure de l’aroure ;
  • ce que l’on doit lui retrancher pour obtenir la valeur de l’aroure locale ;
  • la soustraction ainsi réalisée, on obtient la valeur locale.

    Il est à noter que sur ce monument, certains nomes sont regroupés en une seule entité. Cela signfie qu’ils pratiquent une gestion solidaire.


    Photo : Dictionnaire encyclopédique de l’Egypte antique

    Photo : Beaux-Arts Hors série, Le monde au temps des Pharaons

    Il existe sur cette chapelle une seconde série de chiffres. Cette série permet de comprendre la cohérence du travail réalisé par l’administration de Sésostris Ier. Elle associe toutes les provinces des deux-terres dans ce qui est la source de toute vie en Egypte : la crue annuelle :

  • la hauteur que doit atteindre la crue idéale en trois endroits précis, (Eléphantine, Babylone près du Caire et Balamoun au centre du delta) ;
  • la hauteur de l’eau au-dessus des champs ;
  • la longueur totale de l’Egypte, soit 106 iterou ;
  • diverses mesures servant au calcul des redevances.


Il est vraisemblable que la peur engendrée par la perte de son identité en lien avec la présence des cultures extérieures, a poussé le clergé, au fil des siècles, à peser davantage sur la définition des nomes. A l’époque gréco-romaine les ecclésiastiques en viennent à redéfinir l’identité des provinces égyptiennes en établissant une "vision idéale des nomes". Cette nouvelle définition comprend seize points :

  • le nom du nome ;
  • sa capitale ;
  • son dieu ;
  • sa relique osirienne ;
  • son prêtre ;
  • sa prêtresse ;
  • son canal sacré ;
  • sa barque sacrée ;
  • son lac sacré ;
  • son ou ses arbres sacrés ;
  • sa butte sacrée ;
  • ses fêtes ;
  • ses interdits ;
  • son serpent sacré ;
  • son territoire agricole ;
  • son terrain bas.

    les listes qui nous sont parvenues figurent sur différents supports. Nous connaissons celle de la paroi externe du sanctuaire d’Edfou, ou encore des papyrus de Tebtynis (Fayoum). Il nous est également parvenu un autre type de papyrus, le papyrus de Jumilhac. Il s’agit d’un traité de géographie mythologique concernant le 17ème nome. Cette pièce unique explique de façon assez précise les légendes concernant cette province. Ce traité a été rédigé durant la période ptolémaïque par des prêtres qui avaient pour seul but, celui de préserver un patrimoine régional. Les textes de ce papyrus proviennent en grande partie de l’Ancien Empire. Il faut imaginer que si ce travail n’avait pas été effectué à cette époque, il est à parier qu’une grande partie de ces légendes seraient tombées dans l’oubli, sans espoir de les conter à nouveau.


    Traité de géographie mythologique - Ier siècle avant J.-C. - papyrus inscrit en hiéroglyphes cursifs - "papyrus Jumilhac" - © 2003 Musée du Louvre / Christian Décamps - E17110 - Oeuvre non visible dans les salles du musée

  • Ce que dit Strabon

    ...l’Egypte fut partagée en nomes : dix pour la Thébaïde, dix pour le Delta, et seize pour la région intermédiaire. Quelques auteurs prétendent que l’on en comptait en tout juste autant qu’il y avait de chambres dans le labyrinthe ; mais ils oublient que le nombre des chambres dont se composait le labyrinthe était bien inférieur à 36. A leur tour, les nomes avaient été soumis à différentes coupures ou subdivisions, le plus grand nombre avait été partagé en toparchies, les toparchies elles-mêmes s’étaient fractionnées, et l’on était descendu ainsi de subdivision en subdivision jusqu’à l’aroure, la dernière des coupures et la plus petite de toutes. Et qui est-ce qui avait nécessité une division aussi exacte, aussi minutieuse ? la confusion, la perpétuelle confusion que les débordements du Nil jetaient dans le bornage des propriétés,... (Geographie - Livre XVII - Ch. 3 - Traduit par Amédée Tardieu - 1867) D’après le témoignage de Strabon, nous pouvons penser qu’au début de notre ère il y avait trente-six nomes, tout comme à l’époque de Sésostris quelques XIX siècles plutôt.

    Trente-six ou quarante-deux nomes ?

    La réalité est bien plus complexe. Les variations qu’il y a eu au cours du temps nous laissent avec très peu d’informations. Ce manque de documentation ne nous permet pas d’affirmer les périodes de mutation de trente-six, trente-sept ... ou quarante-deux provinces. Il est évident que si à certaines époques le pays des deux-terres comprenait trente-six nomes, à d’autres, il y en avait bien quarante-deux. Le mammisi d’Edfou présente les vingt-deux nomes de la Haute-Egypte sur le soubassement du pilier sud, tandis que sur celui du nord on y retrouve les vingt de la Basse-Egypte. Il en va de même pour le temple de Medamoud (Cf. : Montet Pierre - Géographie de l’Égypte Ancienne. Pt. I.).

    Comme le montre Pierre Montet, sur les stèles ou édifices, il est aisé de reconnaître les provinces égyptiennes des provinces étrangères.

    Signe symbolisant une contrée de la vallée du Nil, représentée par un canton égyptien coupé de canaux d’irrigation :
    Hiéroglyphe symbolisant une région étrangère représentée par le signe de la montagne :


    Nomes de Basse-Egypte

    HiéroglyphesNomsCapitales
    Egyptien antique
    Grec
    Arabe
    Déités
    1 Inb Hez
    le mur blanc
    Mennefer
    Memphis
    Mitrahina Bedrechein
    Ptah
    Sokaris
    Apis
    2 Douaou
    la cuisse
    Sekhem, le sanctuaire
    Létopolis
    Aousîm
    Khentyenirty
    Haroéris
    3 Imen
    l’Occident
    Imou
    Apis
    Kôm-el-Hisn
    Sekhmet
    Hathor
    4 Sapi Shemâ
    la cible du Sud
    Zeka
    Prosopis
    Menouf
    Amon-Rê
    5 Sapi Meh
    la cible du Nord
    Saou
    Saïs
    Sà-el-hagar
    Neith
    6 Ka Khaset
    le taureau du désert
    Khaset
    Xoïs
    Tell-Sakha, Gharbîyèh

    Chou
    Tefnout
    7 Nefer Imenti
    le harpon occidental
    Per Ha Neb Imenti, la demeure de Ha
    Métélis
    Macîl el Atf
    Ha
    8 Nefer labti
    le harpon oriental
    Per Atoum, la demeure d’Atoum
    Hérôonpolis
    Tell-el-Maskhoutah Charqîyèh
    Atoum
    9 Antzi
    le protecteur
    Per Osiris Neb Zed, la demeure d’Osiris
    Busiris
    Abousir
    Andjty
    puis Osiris
    10 Kem Our
    le grand taureau noir
    Het ta heri ib, le Château du pays central
    Athribis
    Tell-Athrib
    Khentykhety
    11 Ka-Heseb
    le taureau des bandelettes
    Hesebt
    Pharbaethos
    Horbeit
    Néfertoum
    12 Le Veau de la Vache Zebat Neter, le sanctuaire du dieu
    Sebennytos
    Semenoûd
    Onouris
    Chou
    13 Heq Az
    Le Pilier
    Iounou ou On, le pilier
    Héliopolis
    Aïn-Ech-Chams

    Atoum
    14 Khent Iabti
    la pointe d’Orient
    Zebat Meht, le sanctuaire de Basse-Egypte
    Tanis
    Sân-el-Hagar
    Horus de Mesen
    Ouadjet
    Rê-Haraktès
    Atoum
    15 Zehour
    l’Ibis
    Per Zehouti, la demeure de Thot
    Hermopolis Parva
    Tell-el-Naqous
    Thot
    16 Le Shilbe Per Ba neb Zedt
    Mendès
    Tell-Amdîd
    Banebdjedet
    Hatméhyt
    17 Behedet
    le sanctuaire d’Horus
    Behed, Per iou n Amen, la demeure de l’île d’Amon
    Diospolis Parva
    Tell Balamoun
    Amon-Rê
    18 Imou Khenty
    l’enfant royal supérieur
    Per Bast, la demeure de Bast
    Bubastis
    Tell-Bastah
    Bastet
    19 Imou Pehou
    l’enfant royal inférieur
    Per Ouazet, la demeure d’Ouazet
    Léontopolis
    Tell Moqdam
    Amon-Rê
    20 Akhem
    le faucon momifié
    Per Seped, la Maison de Seped
    Arabia
    Saft el-Henneh Faqous
    Sopdou


    Nomes de Haute-Egypte

    HiéroglyphesNomsCapitales
    Egyptien antique
    Grec
    Arabe
    Déités
    1 Ta-Setet
    terre de Setet
    Abou, ville des éléphants
    Eléphantine
    Assouan (Gezirèt)
    Khnoum
    Sobek
    Haroéris
    2 Outest-hor
    trône d’Orus
    Zebat, sanctuaire du faucon
    Apollinopolis Magna
    Edfou
    Horus Behdety
    3 Nekhen
    les deux plumes
    Nekheb rive droite, Nekhen rive gauche
    Eleithyiapolis, Hiérakonpolis, Latopolis
    El-Kâb, Esna, Kôm-el-Ahmar
    Neckhbet
    4 Le Sceptre
    Thèbes
    Amon-Rê
    Montou
    5 Neteroui
    le sceptre
    Getiou, cité des voyageurs
    Coptos
    Qouft
    Min
    Isis
    Harpocrate
    6 Zam
    le crocodile
    Tainout netert, pilier de la déesse
    Tentyris
    Denderah
    Hathor
    7 Seshesht
    le sistre
    Het, le Château de la déesse
    Diospolis Parva
    Hou
    Bat
    Hathor
    8 Ta-our
    le Reliquaire d’Osiris
    Teni
    Thinis, puis Abydos
    Birbèh, Girgèh
    Onouris
    Khentymentyou
    Osiris
    9 Khem
    la foudre de Min
    Apou
    Panopolis ou Khemmis
    Akhmin ou Sohag
    Min
    Répyt
    Kolanthès
    10 Ouazet
    le serpent
    Zebti, la ville des deux sandales
    Aphroditopolis
    Iftèh
    Isis
    11 Seth
    le lévrier
    Shashetep
    Hypsélis
    Chotb
    Khnoum
    12 Zou Heft
    le mont du serpent
    Per Hor-Noubti, la demeure d’Orus-Noubti
    Antaepolis
    Qâou-el-Kébir
    Matit
    Nemty
    13 Atef-Khentet
    le tébérinthe supérieur
    Saouti
    Lycopolis
    Assiout
    Oupouaout
    14 Atef-Pehout Gesa
    Cusae
    El-Qousiyeh
    Hathor
    15 Oun
    le lièvre
    Ount, la ville du lièvre
    Hermopolis Magna
    Achmounein
    Thot
    16 Ma-hez
    l’oryx blanc ou la gazelle
    Hebnou
    Théodosiopolis
    Minièh
    Horus
    Khnoum
    Hathor
    17 Anoupou
    le chacal
    Kasa
    Cynopolis
    El-Kaïs
    Anubis
    18 Sepa
    l’épervier volant
    Het Benou, le Château du phénix
    Hipponos
    El-Hibèh
    Anubis
    19 Ouâbou
    le sceptre
    Ouâb Sep-méri, Per-Medjeb
    Oxyrinchos
    El-Behnesèh
    Seth
    20 Nâr-t-Khentet
    le laurier rose supérieur
    Khenen-nsout, la ville de l’enfant du roi
    Héracléopolis
    Ahnas Beni-Soûeîf
    Hérichef
    Amon
    Hathor
    21 Nâr-t-Pehout
    le laurier rose inférieur
    Per-Sobek, la demeure du crocodile
    Crocodilopolis
    Medinet-el-Fayoum
    Sobek
    Khnoum
    22 Le Couteau Mâtenou ou Per-Hemt, la tête de vache
    Aphroditopolis
    Giza Aftiyèh
    Isis-Hathor
    Hésat

    Référence des signes hiéroglyphiques : Projet Rosette
    Référence supplémentaire : Beaux-Arts magazine - Hors série



    En savoir plus : Montet Pierre - Géographie de l’Égypte Ancienne. Pt. I Paris, 1957-1961 (pdf-11,2Mo)
    Montet Pierre - Géographie de l’Égypte Ancienne. Pt. II Paris, 1957-1961(pdf-11Mo)
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